Gravure
sur cuivre: Histoire et Technique

En taille douce, on imprime les parties creuses
de la surface travaillée. Il s'agit de graver une plaque
en métal de manière mécanique ou à l'aide
d'acides. Pour l'impression, une encre grasse est appliquée
sur la plaque et essuyée par la suite avec de la tarlatane,
de sorte que l'encre reste dans les parties creuses. En passant
la plaque encrée et couverte d'un papier humide par la presse,
on obtient une épreuve latéralement inversée.
Histoire
Le développement de la taille douce est étroitement
lié et au développement du papier au 15ème
siècle et au travail des orfèvres et armuriers. Ceux-ci
transposaient leurs gravures d'ornement par frottage sur du papier
pour en garder le dessin. Ce procédé était
l'étape antérieure à l'utilisation de la gravure
sur métal comme moyen de reproduction artistique. Les premières
gravures sur cuivre sont des gravures au burin du milieu du 15ème
siècle. La taille douce se développait donc quelques
décennies après le bois gravé.
Les premiers graveurs sur cuivre étaient vraisemblablement
des orfèvres. Un graveur important des débuts de la
taille douce en Allemagne était le "Maître des
cartes à jouer", dont l'uvre principal est un
jeu de cartes aux motifs floraux et animaliers d'une sensibilité
remarquable. Plus tard, les artistes se mettaient à travailler
eux-mêmes dans cette technique, comme en Allemagne Martin
Schongauer. Hendrik Goltzius et Lucas van Leyden étaient
des graveurs importants aux Pays-Bas, les artistes de la Renaissance
Italienne comme Andrea Mategna et Maso Finiguerra apportaient à
la gravure un renouvellement stylistique.
L'uvre gravé d'Albrecht Dürer (1471-1528) de Nürnberg
est remarquable par son très haut niveau technique et artistique,
et par l'influence sensible de la Renaissance Italienne. A cet époque,
on développait la technique des eaux-fortes qui permet un
trait plus fin, plus fluide et plus spontané par rapport
à la gravure au burin. Comme on ne travaille pas directement
dans le cuivre, mais dans une couche de cire appliquée sur
la plaque, le traitement est plus proche du dessin, et donc pour
les artistes (-peintres) plus facile à apprendre que le travail
du burin. Au 17ème et 18ème siècle, on employait
la gravure au burin, pour laquelle une formation artisanale était
indispensable, principalement pour copier des peintures, pour l'illustration
et pour la production de cartes géographiques. L' eau-forte
cependant était employée en tant que moyen d'expression
graphique par des peintres dont Rembrandt, Claude Lorrain, Tiepolo,
Piranesi et beaucoup d'autres. Au milieu du 17ème siècle,
on commençait à travailler avec l'aquatinte qui offre
la possibilité de faire des compositions non seulement linéaires,
mais aussi avec des surfaces de gris de divers tonalités.
Un maître de l'aquatinte était Francisco Goya, peintre
à la cour du roi d'Espagne, qui exprimait dans ses suites
gravées grotesques et ténébreuses, les"Cappricios"
et les "Desastres de la Guerra", la face d'ombre du royaume
espagnol.
Avec l'invention de la photographie et de la lithographie, la gravure
sur cuivre a perdu de l'importance, mais les eaux-fortes sont restées
une forme d'expression artistique jusqu'à nos jours.

Technique
Métaux
Pour la taille douce on utilise des plaques de cuivre ou de zinc.
Le cuivre a l'avantage de mieux préserver les couleurs à
l'impression, que le zinc rend grisâtre. En plus, le chloride
de fer qu'on utilise pour graver le cuivre est beaucoup moins toxique
que l'acide nitrique employé pour le zinc.
Pointe sèche
La pointe sèche est la technique de la taille douce la plus
simple et la plus directe. On dessine avec une pointe en acier ou
en diamant directement dans le métal. On obtient alors une
ligne gravée avec une arête : A l'impression l'encre
reste dans le creux de la ligne et s'accroche derrière l'arête,
ce qui crée une ligne imprimée avec un caractère
très spécifique, doux et dense. L'arête s'use
pendant l'impression et s'écrase petit à petit, ce
qui limite cette technique à des tirages peu nombreux.
Eau-forte
Pour l'eau-forte, la plaque est couverte d'une couche de vernis
ou de cire. On dessine alors avec une pointe dans cette couche,
ce qui permet un trait léger sans appui. La plaque est ensuite
posée dans un bain d'acide qui creuse le métal aux
endroits ou le vernis (ou la cire) a été dégagé.
En variant la durée du bain d'acide, on peut obtenir des
tonalités de gris différentes jusqu'au noir.
Vernis mou
Le vernis mou permet une ligne plus douce, proche du crayon, et
l'empreinte de différentes structures (tissus, plantes
).
Pour cela on applique un vernis à base de cire sur la plaque,
qui a la particularité de ne pas durcir complètement,
mais de rester mou. Ensuite, on pose un papier sur cette couche
et on dessine avec des outils différents (crayon, stylo à
bille). Le vernis mou se colle alors sur le revers du papier et
dégage le cuivre à ces endroits. Il est possible aussi
de presser différents matériaux dans le vernis mou
pour transférer la structure. La plaque est ensuite posée
dans l'acide qui grave les dessins et empreintes dans le cuivre.
Aquatinte
Pour obtenir des surfaces de gris, on colle un grain sur la plaque
qui résiste à l'acide. On saupoudre la plaque avec
de la poussière d'asphalte ou de la colophane - en chauffant
la plaque, cette poussière fond et se colle. Lorsqu'on pose
la plaque dans l'acide, l'acide attaque le cuivre seulement entre
les grains et on obtient une surface avec une sorte de trame en
relief. Lors de l'impression, l'encre peut s'accrocher sur cette
surface à grains de façon à produire des étendus
de gris réguliers. Plus on laisse agir l'acide, plus ces
parties se creusent, et plus elles absorbent de l'encre à
l'impression, et plus le gris qu'on obtient est foncé (jusqu'au
noir). Un vernis qu'on applique au pinceau protège les parties
qui ne doivent pas être creusées plus loin.

Miriam Zegrer, " dragon anatomique ",
eaux-fortes (vernis mou et aquatinte), 20 x 32cm, 2000
Impression
Pour imprimer on utilise des encres grasses qu'on repartit sur la
plaque avec un tampon en cuir ou un outil semblable. Ensuite, on
essuie la plaque avec de la tarlatane jusqu'à ce que la surface
soit propre. L'encre reste seulement dans les creux de la plaque.
Pour la taille douce, une presse mécanique est indispensable
- il faut beaucoup de pression pour réussir une épreuve.
On imprime sur du papier mouillé préalablement qui
rentre dans les creux et aspire l'encre. La plaque elle-même
laisse une empreinte typique dans le papier.

Eva Pietzcker, pointe sèche et aquatinte,
33 x 40cm, 2000
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Copyright 2006 Eva Pietzcker et Miriam Zegrer
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